mardi 17 avril 2018

Direction des Centres de santé: médecin directeur? direction administrative? binôme ?



Direction des Centres de santé: médecin directeur ? direction administrative ? binôme ?
Interview du Docteur Pierre Etienne Manuellan, médecin directeur des Centres municipaux de Santé de Montreuil
Les missions diverses des centres de santé, les équipes de professionnels  qui les  composent, la connaissance des textes réglementaires, la gestion budgétaire, la prise en compte des tutelles, autant d'impératifs qui justifient une direction pertinente, compétente et efficace pour chaque centre de santé, qu'en penses-tu ?
Il est clair que la direction d’un centre de santé nécessite de plus en plus de connaissances pointues comme tu le dis médicales, législatives et règlementaires,  financières, et j’ajouterai humaines et techniques.
Depuis plus d’une dizaine d’années, les évolutions sont très nombreuses, et même incessantes !
-l’accord national et ses récentes déclinaisons
-la mise en place de Sesam Vital, de la CCAM, de l’informatisation du dossier médical, la gestion des systèmes d’informations
-la mise en place des ARS, et son cortège règlementaire (projet de santé, règlement intérieur), et les modes de financements des appels à projets pour les actions de santé publique,
Il faut suivre au quotidien, se former en permanence, réagir aux modifications techniques, …
Et il faut assurer le cœur du métier, la coordination des équipes. On ne chôme pas !!

samedi 14 avril 2018

Etat des lieux et avenir de la kinésithérapie en Centre de Santé Municipal

Par G. Lemoine, Président du Syndicat National desKinésithérapeutes salariés en Centres de Santé
Dans un monde où l’hôte de caisse est remplacée par une machine « self scanning », où l’ouvrier manutentionnaire est dirigé par une commande vocale robotisée, où le téléopérateur et le secrétariat d’accueil sont remplacés par du «neuromarketing » et des « e-secrétaires », où les « e-soldats » se substituent aux armées et seront très prochainement commandés par des interfaces « cerveau-machine », où les « e-traders » provoquent des mini krachs boursiers dans un intervalle de temps de l’ordre du millionième de seconde, quelle place va être donnée à l’être humain dans cette société qui se déshumanise ?

vendredi 13 avril 2018

Hommage au docteur Caroline Pavlowsky



CAROLINE NOUS A QUITTES

Caroline Pavlowsky, médecin généraliste au CMS de Drancy  depuis Juillet 1978, investie depuis toujours pour les centres de santé, ses patients et les populations environnantes, engagée dans de nombreuses actions sanitaires et militante acharnée de la défense des centres de santé de Drancy, nous a quitté en cette fin d’hiver 2018, vaincue par la maladie.

Caroline PAVLOWSKY fut une de mes premières rencontres dans les centres de santé de Drancy, lorsque j'y débutai comme remplaçant, en 1989.
Caroline c’était la tignasse la plus célèbres des centres de santé.
Caroline c’était des coups de gueule et cette immense bienveillance pour ses jeunes collègues et puis surtout pour ses patients.
Caroline c’était l’exercice d’une médecine générale quasi idéalisée faite de dévouement et d’abnégation qui vous donnait envie de lui ressembler.
Caroline c’était l’inventivité, la créativité, la pugnacité et la naissance du premier réseau ville/hôpital de Seine St Denis.
Caroline c’était l’amour de l’art, de la musique, de la photographie, des voyages.
Caroline c’était des tranches de rigolade, le truc qui nous sauve le moral dans ce métier où il est souvent mis à rude épreuve.
Caroline c’était la fidélité à ses idées, à ses valeurs quel que soit l’interlocuteur, cette force de conviction inébranlable qui déstabilisait même les plus revanchards de ses contradicteurs.
Caroline c’était la résistance, quoi qu’il lui en coûte, pour maintenir la seule médecine en laquelle elle croyait lorsque des changements politiques ont mis en place des incapables qui ont tenté de lui imposer d'autres voies. Et ils n’ont pas gagné ! 
Et même dans ces circonstances, Caroline c’était ce grand sourire, toujours solaire, lumineux, le pied marin au plus fort des tempêtes.
Et puis pour moi, Caroline c’était aussi la traditionnelle pause clope au congrès national des centres de santé. Et cette année, elle me manquera drôlement cette cigarette-là.
GUIREC LOYER 

mercredi 6 septembre 2017

Communiqué de l'Union Syndicale des Médecins de Centres de Sante et du Syndicat National des Chirurgiens-dentistes de Centres de santé

 
Non au virage lucratif pour les  centres de santé
Oui à une ordonnance qui conforte l'innovation et l'équité sociale

L'ordonnance législative que prépare le gouvernement afin d'actualiser les conditions de création des centres de santé prévoit de valider le droit des cliniques commerciales à gérer des centres de santé.
·       Ainsi des cliniques à but lucratif pourraient organiser des réseaux de centres de santé drainant les patients vers le secteur à honoraires libres et les dépassements tarifaires
·       Ainsi des groupes financiers et leurs actionnaires pourraient peser de tout leur poids pour orienter la médecine de ville dans le sens de leurs intérêts

Nous disons non à une gestion lucrative des centres de santé
·       Seuls des organismes et établissements à but non lucratif et des collectivités territoriales doivent être autorisés à créer et gérer des centres de santé

Nous disons oui à un renforcement des centres de santé
·       Il est urgent de développer les centres de santé pour lutter contre les déserts médicaux, préserver l'accès financier aux soins, impulser la prévention, soutenir la santé publique.
·       Nous demandons l'extension de la possibilité de gérer des centres de santé à des SCIC (Sociétés Coopératives d'Intérêt Collectif) sous la condition qu'elles fassent la preuve de leur but non lucratif en s'interdisant statutairement de distribuer à leurs sociétaires d'éventuels bénéfices
·       Nous disons oui à des innovations organisationnelles dans le cadre de coopérations associant professionnels, usagers, hôpitaux et collectivités créant des centres de santé

Nous disons oui à la mise en place d'un observatoire des centres de santé
·       Outil au service de la recherche en soins primaires et en santé publique
·       Associant professionnels, gestionnaires, agences, Etat, assurance maladie
·       Produisant de la connaissance sur l'équité, l'efficience et la pertinence des soins


Non au virage lucratif
·      Oui à des moyens nouveaux pour la création de centres de santé
·      Oui à des moyens nouveaux pour soutenir au quotidien  les centres de santé


Paris, le 6 septembre 2017
Contacts
Eric May USMCS  06 81 93 86 14 - Martine Dame SNCDCS  06 23 36 04 45

lundi 3 juillet 2017

Gestion du 1/3 payant en centre de santé





Le tiers payant est une problématique majeure pour les centres de santé. En effet, si c’est une obligation de réaliser le tiers-payant sur la part obligatoire pour les centres de santé, nombre d’entre eux le font aussi pour la part complémentaire dans une logique d’accès aux soins pour leur patientèle.
Toutefois, le tiers payant est complexe à mettre en œuvre, notamment car il n’est pas facilité par les outils et le contexte actuel. En effet, on peut constater que peu de systèmes d’information répondent à tous les enjeux du tiers payant en centre de santé. Un autre facteur est la spécificité des centres de santé pour les CPAM : vus comme des établissements de santé de par leur numéro FINESS mais facturant comme des professionnels de santé libéraux, les CPAM ont souvent du mal à les accompagner car ils ne rentrent dans aucunes cases ou priorités. D’autre part, on constate une complexification constante des règles de remboursements en fonction des différentes politiques de santé, de lutte pour baisser les dépenses d’assurance maladie, d’accords entre les professionnels de santé et la CNAMTS pour modifier les remboursements, etc… Concernant les mutuelles, le problème est décuplé avec la multiplicité des mutuelles qui se regroupent et évoluent constamment, et ont des règles de fonctionnement différentes. Cette complexité étant encore plus grande pour les centres dentaires qui doivent réaliser des accords préalables de prise en charge qui sont encore traités majoritairement sous format papier et doivent être renégociés, vérifiés en cas de changement de statut du patient. Enfin, la compréhension du système par les patients reste très difficile avec la multitude des statuts, les difficultés de renouvellement de droits, de changement de régime. Cela engendre pour les patients une difficulté pour être à jour dans leurs papiers et entraine rejets et autres difficultés.
Toute cette complexité engendre un coût non négligeable pour les centres de santé (cf. rapport IGAS).
Si on peut espérer aujourd’hui des améliorations et simplifications avec la mise en œuvre du tiers payant généralisé, de nombreux enjeux restent présents.
En 2014, dans le cadre d’un accompagnement régional des centres de santé par le Conseil Régional Rhône-Alpes et l’ARS, le groupement régional des centres de santé Auvergne Rhône-Alpes a donc lancé une action sur le tiers payant. 12 gestionnaires de centres de santé associatifs, mutualistes, ou issus de caisses de sécurité sociale, représentant 58 centres de santé ont souhaité participer à cet accompagnement. Ils représentaient des centres de tout type : centres dentaires, infirmiers et polyvalents.

vendredi 30 juin 2017

Soins dentaires, quand la nouvelle convention aurait pu tout changer...


L’année 2016 avait fait naitre au sein du monde dentaire les espoirs d’une nouvelle convention dans laquelle  les soins conservateurs seraient  rémunérés à leur juste valeur et les actes de prévention enfin pris en compte. Il faut rappeler que les chirurgiens des centres de santé ne participent pas aux négociations conventionnelles, seul le microcosme libéral y est convié. La nouvelle convention s’appliquera par défaut  aux chirurgiens- dentistes des centres de santé. Leurs gestionnaires il y a  trois ans ont signé un accord national qui déjà semblait faire naitre la volonté d’une revalorisation des soins en contre- partie d’un effort sur le montant des dépassements d’honoraires prothétiques via l’adhésion optionnelle au contrat d’accès aux soins dentaires.
Les espoirs étaient permis, ils se sont  envolés.

mercredi 22 février 2017

Que sont les mutuelles devenues ?


Le débat public, initié par François Fillon, sur les rôles respectifs de la Sécurité sociale et des « complémentaires santé », la première devant prendre en charge les affections graves et de longue durée, les secondes les affections courantes, a eu le grand mérite de poser une question cruciale : les mutuelles peuvent-elles, sans conséquence pour les valeurs d’égalité et de solidarité en santé, prendre le relais de l’assurance maladie publique ? De fait, la notion de « complémentaire santé » fait souvent l’objet de flous et de malentendus, qu’il convient de dissiper : veut-on préserver les principes de solidarité ou, au contraire, veut-on aller vers l’individualisation croissante de la protection maladie ?  

L’intervention de deux types de financeurs – la « Sécu » et les « complémentaires » – pour un même soin est une originalité française. Une originalité coûteuse, puisqu’elle génère des doublons en matière de frais de gestion. Initialement, la Sécu avait pour objectif de rembourser les soins à hauteur de 80%, les complémentaires couvrant les 20% restant.

mercredi 15 février 2017

Hommage à Jean Reigner (1920-2017)


 Cela fait bien longtemps que Jean Reigner n’arpentait plus, de sa silhouette élégante et austère, les travées des congrès nationaux des centres de santé. Jean est mort le 27 janvier, à Olonne sur mer, dans cette Vendée qui l’avait vu naitre il y a quatre-vingt-seize ans.
 
En 1999, dans les cahiers de la revue Prévenir, il avait livré quelques éléments de sa biographie : je suis Vendéen, né en 1920 à la Roche-sur-Yon, d’une famille d’origine très modeste, artisans, paysans, très ancrés dans le Poitou-Vendée. Mon père était employé des chemins de fer, franc-maçon et j’ai commencé mes études de médecine à Nantes, en 1939, par vocation. J’avais toujours voulu être médecin. J’ai du les interrompre en 1943, car la Gestapo est venue pour m’arrêter et j’ai du filer.

vendredi 27 janvier 2017

Quelle prise en charge du psycho traumatisme dans les centres de santé en 2017 ?


Les équipes pluri-professionnelles de soins primaires en centres de santé agissent quotidiennement au plus près de tous les citoyens et citoyennes afin de maintenir et d’améliorer leur état de santé somatique et psychique. Tout au long de son existence, chaque personne peut être exposée à des évènements traumatisants, qu’il s’agisse d’agression individuelle violente, notamment sexuelle, d’accident de la voie publique, de catastrophe naturelle... Aussi, l’actualité récente nous rappelle régulièrement combien les individus peuvent être exposés en masse à des situations de traumatisme collectif sans parler des mouvements migratoires sans précédents observés ces derniers mois par des personnes fuyant la guerre et ou la torture.
Lors de ces évènements traumatisants, la personne est confrontée brutalement à une situation de menace d’anéantissement pour lui-même, ses proches ou pour autrui. Il est envahi par un sentiment de frayeur, d’horreur et d’impuissance. La sidération ou parfois l’agitation, laissent place ensuite au vide, aux ruminations anxieuses, à l’hypervigilance,  autant de difficultés que l’individu pourra rencontrer dans son quotidien selon ses capacités adaptatives mais aussi de sa prise en charge initiale. En effet, l’évolution du psycho traumatisme est variable avec d’autant moins de troubles psychiques chronicisés et invalidants que l’individu aura été pris en charge précocement par des professionnels de santé formés au psycho-traumatisme.

mercredi 25 janvier 2017

Médecin traitant : le centre ou un médecin du centre ?



C’est en débutant le bilan d’activité 2017 des centres de santé de CHAMPIGNY que je me pose une question à multiples facettes que je soumets à votre sagacité : dans une structure comme la nôtre, devons-nous considérer le centre comme médecin traitant du patient ou chacun des médecins généralistes ?
Sur le plan administratif, les choses sont claires actuellement, nous ne sommes considérés qu’au point de vue de notre numéro FINESS, donc l’entité est l’ensemble du centre
Des demandes sont faites auprès de la CNAM afin que nous puissions être identifiés avec notre numéro RPPS ; sera-ce une bonne chose ? Nous sommes actuellement pénalisés par l’impossibilité de nous connecter individuellement pour accéder à certains services comme la déclaration Médecin Traitant ou les déclarations d’Arrêt de Travail qui peuvent être envoyées par internet directement à la CPAM et qui simplifient la vie des patients (et de la CPAM).

Certes, nous sommes des « médecins comme les autres » et certains d’entre nous pensent que nous devrions avoir strictement les mêmes droits et devoirs que nos confrères libéraux… Mais nous revendiquons notre différence et le fait de travailler en commun dans une structure qui nous rassemble avec des objectifs que portent notre commune ou notre association.

Pour toutes les actions de prévention, de santé publique, nous pouvons être une entité unique avec un référent unique ; mais pour notre activité de soins nous sommes responsables individuellement de nos actes vis-à-vis du patient.

Notre reconnaissance individuelle au sein des centres ne permettra-t-elle pas une « surveillance » plus stricte de l’activité de chacun d’entre nous par les instances (ARS, CPAM) qui contribuent financièrement, est-elle souhaitable ou nécessaire ?

Et si l’on parlait des patients

dimanche 4 décembre 2016

Tiers-payant : réalités, enjeux et perspectives

Retour sur la table-ronde « actualité du tiers payant » du 56ème  Congrès National des Centres de Santé
 La thématique du Tiers Payant s’est imposée d’elle-même cette année au Congrès, compte tenu de sa brûlante actualité. En effet, la Loi de modernisation de notre système de santé adoptée en janvier 2016 prévoit de généraliser cette pratique à  tous les professionnels de santé libéraux à compter de 2017. Les représentants des centres de santé s’en sont félicités. Outre l’amélioration attendue en matière d’accès aux soins, cette extension du tiers-payant à de nouveaux acteurs impose enfin aux organismes de sécurité sociale et aux complémentaires d’améliorer un système dont la gestion est lourde et coûteuse pour les gestionnaires de Centres de Santé.

L’objectif de ce temps d’échange était double : d’une part, permettre aux acteurs des centres de santé d’obtenir toutes les informations utiles sur les évolutions qui sont en cours ou qui interviendront dans un futur proche. D’autre part, nous assurer, que les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui dans la pratique quotidienne et massive du tiers-payant (TP), sont bien prises en compte par les pilotes qui sont aux commandes de cette généralisation, invités de la table-ronde.

Que retenir de leurs interventions ?

mardi 29 novembre 2016

Universitarisation des centres de santé : quels enjeux ?


Une lente exfiltration de la formation universitaire des murs du CHU
En 1958, les Ordonnances Debré, créant les Centres Hospitaliers Universitaires, ont exclu de facto les soins ambulatoires, et particulièrement les soins primaires, de l’Université.
La formation hors les murs de l’université s’est d’abord développée dans le champ de la formation continue, notamment par le biais de la création d’associations de formation médicale continue, gérées par des médecins généralistes.
À partir des années 70, des expérimentations de liens entre Université et médecine générale sont nées, notamment avec la création d’un 3ème cycle expérimental de médecine générale à Bobigny. Dans les années 80, ces expérimentations ont abouti à la création de Départements de médecine générale au sein de nombreuses Facultés de médecine françaises, et la mise en place d’un 3ème cycle de médecine générale dont la durée a augmenté progressivement.
Ce n’est qu’en 1997, avec la mise en place d’un stage obligatoire de médecine générale pour tous les résidents (puis internes de médecine générale) que l’Université s’est officiellement étendue hors des murs du CHU, reconnaissant ainsi que la formation médicale initiale pouvait dépasser ces frontières jusque-là hermétiques. En 2004, la mise en place d’un second Stage autonome en soins primaires ambulatoires supervisés (SASPAS) venait compléter cette formation extrahospitalière.

Parallèlement, une filière de cadres universitaires de médecine générale s’est progressivement mise en place (enseignants universitaires associés en 1991, chefs de clinique en 2007, enseignants universitaires titulaires en 2009).

Les centres de santé et l’Université
Les centres de santé ont participé à cette lente construction.

La coopérative, avenir du système de soins


1 - Les centres de santé

On compte environ 1600 centres de santé en France, dont 400 centres de santé polyvalents et 100 centres médicaux, le reste se répartissant entre centres de soins infirmiers et centres dentaires.
Les centres de santé sont gérés par des organismes à but non lucratif, municipalités, associations, mutuelles. Ils pratiquent le tiers payant. Les médecins qui y exercent sont salariés. Ils permettent l’accès sans dépassement tarifaire à des soins de premier recours, à des spécialités médicales, ainsi qu’à des explorations complémentaires (biologie médicale, imagerie). Nombre d’entre eux s’inscrivent dans des politiques locales de santé publique et des politiques sociales. Ils organisent l’accès à la prévention et aux dépistages et contribuent à l’équité de l’accès aux soins.
Ils ont développé de longue date des pratiques médicales en équipes pluriprofessionnelles, appuyées sur des dossiers médicaux partagés, intégrant la prévention aux soins, pratiques reconnues désormais comme particulièrement adaptées à la prise en charge des maladies chroniques à un niveau territorial.

2 - La crise du système de soins

Dans le même temps, les pouvoirs publics assistent à l’épuisement de la médecine libérale, fondée sur la charte de 1927. La médecine libérale avait réussi à survivre après les années 1960, alimentée par des conventions médicales ayant socialisé ses revenus. Curieusement, et singulièrement dans la gauche de gouvernement, une représentation libérale de la médecine de ville continue à modeler les imaginaires, les maisons de santé libérales représentant pour beaucoup un idéal de modernité insurpassable.  Les jeunes générations de médecins, notamment généralistes, aspirent majoritairement, quant à eux, à exercer leur métier sans les contraintes de l’entrepreneuriat individuel et ses lourdeurs administratives, contraintes  inhérentes au libéral dans toutes ses variantes.

Du côté des hôpitaux, ce qu’il est convenu d’appeler le virage ambulatoire impose aux patients des épisodes hospitaliers de plus en plus courts, reportant de nouvelles tâches sur une médecine de ville inapte à les prendre en charge, en amont comme en aval de l’hôpital.
Il devient donc nécessaire d’organiser des parcours de patients intégrant la ville et l’hôpital et financés dans leur cohérence. Ces nouveaux besoins en matière de parcours se heurtent à la fois aux différences culturelles, entre médecine hospitalière de service public et médecine de ville privée, et au cloisonnement des tarifications, inscrites dans un Ondam distinct selon qu’il s’agit de soins de ville ou de soins hospitaliers. Les règles du jeu figent des divergences d’intérêt alors qu’on attendrait d’elles qu’elles récompensent la coopération. Ces nouveaux besoins se heurtent également à une tarification à l’acte des soins de ville, alors que les interventions nécessaires devraient s’inscrire sur la durée et dans des approches par groupes de patients.

Les centres de santé en crise

Dans ce contexte, les centres de santé sont pris dans une contradiction : organiser des prises en charges continues et globales faisant appel à des professionnels salariés, alors que seuls les actes curatifs opportunistes, ou peu s’en faut, sont facturables. De plus les centres de santé sont soumis à une convention construite sur le modèle des conventions libérales, sensée régir les rapports entre l’assurance maladie et les centres de santé, sauf que cette convention passée avec les seuls gestionnaires (les maires, les présidents de mutuelles) écarte du jeu les professionnels des centres de santé, limitant de fait son périmètre à l’organisation des fonctions support et à l’observation d’indicateurs.
De la contradiction au piège financier, il n’y a qu’un pas pour les gestionnaires de centres de santé contraints d’assumer les déficits structurels de leurs établissements ou de remettre en cause les missions, voire l’existence, de leurs centres de santé.

3 - Gérer les centres de santé sous forme de coopérative

L’envie d’essayer un nouveau modèle de gestion des centres de santé, a émergé au sein du mouvement des centres de santé en 2015.
Le constat est simple : du constat qui précède découle une faiblesse structurelle du pilotage opérationnel des centres de santé, pris entre des logiques gestionnaires, aveugles sur le contenu des prestations délivrées, et des logiques professionnelles, individuelles et collectives, mal régulées.

Le statut de SCIC

La solution proposée est d’adopter un nouveau modèle de gestion, sous forme de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), inscrite dans l’économie sociale et solidaire, à but non lucratif. Il n’existe pas de centre de santé géré en SCIC à ce jour. Le projet Richerand est le projet le plus avancé (voir encadré).
Dans le cadre d’une SCIC gérant un centre de santé, il est envisagé d’associer la collectivité locale, les professionnels et les autres salariés, les patients du centre de santé, sans qu’aucune partie ne puisse détenir plus de 50 % de la SCIC. S’agissant de la place des usagers dans la gouvernance, retenons dès à présent que la forme coopérative ouvre le champ de la construction de nouveaux équilibres dans la relation soignant/patient.

Construction d’un intérêt commun

Ce principe incite les parties à trouver les consensus, à prendre en compte les intérêts de chacun des membres. A la différence du modèle actuel, dans lequel on observe de grandes difficultés à maintenir durablement l’équilibre des pouvoirs, comme en témoigne l’échec de l’expérience des centres de santé mutualistes de la région de Marseille, ou la remise en cause de l’existence du centre de santé, comme à Colombes ou à Clichy par exemple, après une alternance politique.
Un fois ce socle posé, d’autres pistes tout à fait innovantes peuvent s’ouvrir.

Avec les hôpitaux

Puisqu’il est hautement souhaitable de mettre en place des parcours organisés pour améliorer les prises en charges des patients, pourquoi des hôpitaux n’aurait-ils pas leur place dans la SCIC ? Là encore, c’est la même idée, construire un intérêt commun, autour du patient et de ses besoins, plus puissant que l’intérêt individuel de chacune des parties. Dit autrement, faire en sorte pour que médecine de ville et médecine hospitalière aient plus intérêt à coopérer qu’à se concurrencer, ou simplement à s’ignorer.

Va pour la gouvernance, mais qu’en est-il des aspects budgétaires ?

A ce stade, on peut déjà avoir mis en place, au sein de la SCIC,  des mécanismes de compensation entre les acteurs qui permettent de reconnaître financièrement l’apport de la médecine de ville. Mais pas d’illusion, dans un contexte de budgets hospitaliers très contraints, les marges de manœuvre sont faibles. L’émergence de cultures communes, partagées par la ville et l’hôpital, quoique précieuse, n’est pas encore monétisable à ce stade.

4 - L’enjeu majeur est celui de nouvelles tarifications applicables à des coopératives ville-hôpital

Les tarifications à l’activité ont montré leurs limites, leur caractère inflationniste ne pouvant être contenu qu’au prix de fortes contraintes sur les acteurs, engendrant souffrances, démobilisation collective, repli sur soi, et évitement.

A crise systémique, solutions systémiques

Face à ce qu’il faut bien nommer une crise de notre système de soins, et pas seulement des crises sectorielles, crises de la médecine de ville, des centres de santé, et des hôpitaux, il faut admettre que nous sommes dans une situation de rupture. Cette crise invite à revoir le cadre de pensée commun, fait de stratifications, produisant logiquement des solutions sectorielles, partielles, impuissantes à résoudre des questions systémiques.

Le cadre coopératif contraint à penser cohérent

La question des tarifications intégrées Ville-Hôpital, applicables dans le cadre de structures de soins au sein desquels coopèrent les acteurs des différents niveaux est de celles qui invitent à penser de manière systémique. Et surtout, elles permettent d’agir de manière souple, en laissant aux acteurs de terrain la responsabilité de s’organiser au mieux de l’intérêt des patients.

Le rôle de l’Assurance Maladie dans l’offre de soins

Pourquoi l’assurance maladie obligatoire ne serait-elle pas partie prenante de Centres de santé gérés en SCIC ?
Certains régimes spéciaux de sécurité sociale gèrent de longue date des centres de santé, comme la Sécurité Sociales des Mines, la RATP ou encore la SNCF. Il en va de même pour certaines Caisses du régime général (Paris, le Val-de-Marne, etc.).  Si l’on admet que la sécurité sociale est légitime pour devenir, dans un cadre coopératif, sans hégémonie possible,  l’un des acteurs des centres de santé coopératifs, c’est tout le paysage de notre offre de soins et de ses modalités de financement qui pourrait être redessiné à partir du terrain. On entendra peut-être, venues du corps libéral, des protestations contre la « médecine de caisse. » Mais le risque, réel  celui-ci, est plutôt actuellement celui d’une prise de pouvoir par les assureurs et les mutuelles.  Et de l’affaiblissement de notre protection sociale solidaire.

5 - Et les patients ?

Tous ces efforts pour innover en terme d’organisation des soins seraient un peu dérisoires s’ils n’aboutissaient qu’à une offre de soins parfaitement adaptée aux besoins des patients…. du 20ème siècle.
Le cadre coopératif étant posé, la fin de l’asymétrie des savoirs étant annoncée, tout pourra enfin commencer pour que s’épanouissent de nouvelles relations soignants/patients.




Le projet Richerand
Un centre de santé polyvalent, dans le 10ème arrondissement de Paris
Géré par la CCAS (Œuvres sociales des industries électriques et gazières) la Fédération Mines Energie CGT étant majoritaire au conseil d’administration.
83 salariés, 38000 actes par an, budget 4,7 millions €
En cours de transformation en SCIC
Partenariats hospitaliers de la SCIC (Lariboisière-Saint-Louis APHP, Fondation Rothschild, etc.). Autres partenariats (Institut de victimologie de Paris, etc.)
Plus d’informations sur le site du projet : http://richerand.fr